FAQ Sapin II
Vos questions sur la conformité anticorruption
Les juristes de La Robe Numérique répondent aux questions les plus fréquentes que se posent dirigeants, responsables conformité et juristes sur les obligations issues de la loi Sapin II.
Questions fréquentes sur la loi Sapin 2 et l'anticorruption
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Le dirigeant peut engager sa responsabilité pénale personnelle en cas de corruption active ou passive, même si les faits sont commis dans l'intérêt de l'entreprise.
En droit français, la corruption est définie aux articles 433-1 et 433-2 du Code pénal (corruption d'agent public) et aux articles 445-1 et 445-2 (corruption entre personnes privées). Le dirigeant peut être poursuivi s'il a personnellement participé aux faits, les a ordonnés, ou laissé faire en connaissance de cause.
Les peines encourues vont jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 1 000 000 € d'amende, montant pouvant être porté au double du produit tiré de l'infraction. La responsabilité pénale de la personne morale peut également être engagée (Art. 121-2 du Code pénal).
La responsabilité du dirigeant peut être retenue dans quatre situations :
Participation directe à un acte de corruption
Instruction donnée à un salarié ou intermédiaire
Absence de contrôle ou de dispositif anticorruption malgré un risque identifié
Manquement aux obligations de prévention prévues par la loi Sapin II : cartographie des risques, code de conduite, dispositif d'alerte, contrôle comptable
La loi Sapin II impose aux entreprises de plus de 500 salariés et 100 M€ de chiffre d'affaires la mise en place d'un programme anticorruption structuré (Art. 17). L'absence de dispositif peut entraîner des sanctions administratives et renforcer l'exposition pénale en cas de faits avérés.
Sources : Code pénal, Légifrance — Loi Sapin II (n° 2016-1691) — AFA
L'œil du consultant : Le piège classique : penser que la responsabilité pénale disparaît derrière la personnalité morale. En pratique, les poursuites visent très souvent les dirigeants à titre personnel, notamment pour défaut de supervision. Un programme anticorruption formel mais non appliqué — cartographie non actualisée, formations inexistantes, contrôles fictifs — constitue un facteur aggravant en cas d'enquête du PNF ou de l'AFA.
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L'AFA vérifie l'existence, l'effectivité et la traçabilité d'un programme anticorruption conforme à l'article 17 de la loi Sapin II.
La loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 impose aux entreprises concernées un dispositif de prévention et de détection de la corruption en huit mesures. Lors d'un contrôle, la commission des sanctions de l'AFA ne se contente pas de vérifier la présence formelle des documents : elle évalue leur mise en œuvre concrète et leur proportionnalité aux risques identifiés.
Les huit mesures obligatoires, regroupées par thématique :
Gouvernance et culture
Code de conduite anticorruption intégré au règlement intérieur
Plan de formation ciblé (dirigeants et populations exposées)
Régime disciplinaire applicable
Cartographie et évaluation des risques
Cartographie des risques actualisée, formalisée et documentée
Procédures d'évaluation des tiers (clients, fournisseurs, intermédiaires) proportionnées aux risques
Contrôle et traçabilité
Dispositif d'alerte interne conforme et opérationnel
Contrôles comptables internes pour prévenir la dissimulation de faits de corruption
Dispositif de contrôle et d'évaluation interne du programme
L'AFA vérifie aussi la traçabilité : comptes rendus de comités, preuves de formations, diligences sur les tiers, mises à jour de la cartographie. L'absence de preuves documentées est interprétée comme une absence de mise en œuvre.
Sources : Loi Sapin II, Légifrance — Recommandations AFA 2021
L'œil du consultant : Le piège classique : présenter un programme standard non adapté aux activités réelles de l'entreprise. L'AFA détecte rapidement les cartographies génériques et les évaluations de tiers purement déclaratives. Sur le terrain, ce qui fait la différence, c'est la cohérence entre la cartographie, les contrôles effectués et les décisions prises par la direction. La conformité anticorruption est un exercice de crédibilité opérationnelle, pas seulement documentaire.
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Un dispositif d'alerte interne doit garantir la confidentialité, la protection des lanceurs d'alerte et la conformité RGPD, conformément à la loi Sapin II et à la directive 2019/1937.
La loi Sapin II (n° 2016-1691) et la loi transposant la directive (UE) 2019/1937 imposent aux entreprises concernées de mettre en place un canal d'alerte interne sécurisé. Le traitement des signalements constitue un traitement de données personnelles soumis au RGPD : licéité, minimisation, sécurité renforcée et limitation des durées de conservation s'appliquent. La CNIL encadre strictement la confidentialité et l'accès aux signalements.
Les neuf étapes d'un dispositif conforme :
Gouvernance
Désigner un référent ou une cellule indépendante (compliance, audit, éthique)
Informer clairement les salariés sur la procédure et la protection contre les représailles
Intégrer le dispositif au règlement intérieur si des conséquences disciplinaires sont possibles, et le présenter au CSE lorsque requis
Sécurité et confidentialité
Mettre en place un canal sécurisé : plateforme dédiée chiffrée, accès restreint, journalisation
Garantir la confidentialité de l'identité du lanceur d'alerte et des personnes visées
Autoriser le signalement anonyme, même si l'identification facilite le traitement
Limiter l'accès aux seules personnes habilitées
Conformité RGPD
Définir une durée de conservation proportionnée, avec suppression des alertes non fondées
Inscrire le dispositif au registre des activités de traitement (Art. 30 RGPD) et réaliser une AIPD
L'œil du consultant : Le piège classique : choisir une plateforme technique performante sans gouvernance claire — pas de procédure formalisée, pas de formation des référents, traçabilité insuffisante. Ce qui sécurise réellement l'entreprise n'est pas l'anonymat seul, mais la capacité à démontrer un traitement impartial, confidentiel et documenté des signalements.
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La loi Sapin II impose 8 piliers, dont l'articulation forme le socle du dispositif anticorruption :
Code de conduite — définit les comportements proscrits (corruption, trafic d'influence, conflits d'intérêts), intégré au règlement intérieur après consultation du CSE, et diffusé à tous les collaborateurs y compris les filiales étrangères.
Dispositif d'alerte interne — canal de signalement sécurisé et confidentiel, ouvert depuis la loi Waserman (2022) aux tiers (sous-traitants, intérimaires), avec protection effective des lanceurs d'alerte.
Cartographie des risques — socle dont découlent toutes les autres mesures ; identifie et hiérarchise les risques par secteur et zone géographique selon une approche risk-based.
Évaluation des tiers — due diligence anticorruption proportionnée au risque sur clients, fournisseurs et partenaires, avec vérification des bénéficiaires effectifs et des listes de sanctions.
Contrôles comptables — procédures de détection des anomalies sur les commissions, frais de représentation et paiements à l'étranger, avec séparation des tâches et traçabilité des flux.
Formations — programmes différenciés selon le niveau d'exposition au risque, obligatoires pour les fonctions exposées (achats, commercial, direction, finance), avec preuve nominative de réalisation.
Régime disciplinaire — échelle de sanctions graduées, communiquée à tous les collaborateurs, dont l'AFA exige une preuve d'application effective.
Contrôles et évaluations internes — audits réguliers de l'ensemble du dispositif ("contrôle du contrôle"), avec suivi des recommandations et mise à jour selon l'évolution réglementaire.
L'œil du consultant : Le piège le plus fréquent : la politique cadeaux & invitations existe dans le code de conduite mais les seuils ne sont pas intégrés dans l'outil de notes de frais. Résultat : les collaborateurs déclarent manuellement, de façon incohérente, et l'AFA ne peut pas vérifier l'effectivité du contrôle. Automatisez les seuils dans votre outil de gestion des notes de frais et configurez des alertes automatiques au-delà du seuil de validation. C'est le signal que l'AFA cherche pour valider l'efficacité réelle du pilier, pas seulement l'existence d'une procédure écrite.
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La loi Sapin II s'applique aux entreprises qui cumulent les deux critères suivants : avoir un effectif supérieur à 500 salariés et produire un chiffre d'affaires supérieur à 100 millions d'euros. Dès lors, la loi ne couvre pas les PME car celles-ci ne sont constituées au maximum que de 250 salariés ou produisent un chiffre d'affaires inférieur à 50 millions d'euros.
Concernant l'application de la loi à des filiales étrangères, la règle est que la loi s'applique si elles sont rattachées à un groupe dont le siège social est situé en France et que ce groupe cumule les deux seuils de la loi Sapin II.
L'oeil du consultant : Le piège classique pour une PME : répondre "non, Sapin 2 ne nous concerne pas" lors d'une évaluation tiers d'un grand groupe et perdre le contrat. La bonne réponse est : "Nous ne sommes pas légalement assujettis à l'Art. 17, mais nous avons mis en place un code de conduite et une cartographie des risques proportionnés à notre activité, conformément aux recommandations de l'AFA." Un document d'une page bien construit vaut mieux qu'un silence. L'AFA publie des guides adaptables à toute taille d'organisation sur agence-francaise-anticorruption.gouv.fr.
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Si l'Agence Française Anticorruption juge, à l'issue d'un contrôle, qu'un dispositif de conformité est insuffisant, même si aucun acte de corruption n'a été commis, l'entreprise risque :
Une amende (jusqu'à 1 million d'euros pour l'entité morale / jusqu'à 200 000 euros pour les personnes physiques, comme les dirigeants de l'entreprise)
Une injonction de se mettre en conformité dans un délai donné
La publication de la décision sur le site de l'Agence ou dans la presse
L'œil du consultant : Le piège classique : l'entreprise n'est pas en capacité de présenter l'ensemble des preuves de son dispositif à l'AFA. La bonne pratique est de préparer un questionnaire AFA recensant l'ensemble des questions de l'AFA et d'y inclure les liens vers les preuves pour l'ensemble des thématiques. Ces liens doivent être mis à jour annuellement afin de pouvoir facilement répondre à un contrôle de l'autorité.
Ces réponses constituent un cadre général d'information. Les obligations issues de la loi Sapin II variant selon la taille et le secteur de l'entreprise, La Robe Numérique accompagne les organisations dans la mise en place et l'audit de leur programme anticorruption.
Votre programme anticorruption résisterait-il à un contrôle de l'AFA ?
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